Nous sommes les petits enfants
Projet en cours
Guernica, 26 avril 1937. Le bombardement par les aviations allemande et italienne, en appui au coup d’Etat du général Fancisco Franco, détruit presque entièrement la petite ville basque. En quelques heures, 31 tonnes de bombes explosives et incendiaires détruisent 85 % des édifices. On dénombre officiellement 1654 victimes, mais ce chiffre est très certainement sous-évalué puisque les 60 000 mètres cubes de décombres ne sont totalement retirés qu’en 1941.
A cet effacement physique de la ville s’ajoute un effacement mémoriel puisque quarante années de dictature tentent d’occulter les véritables responsables du bombardement, et le régime s’attache à détruire les archives et les registres de la ville, elle-même reconstruite selon de nouveaux plans.
En 1977, deux ans après la mort du général Franco, le parlement espagnol vote la loi d'amnistie - toujours en vigueur aujourd'hui - qui libère les prisonniers politiques et permet aux exilés de retourner en Espagne, mais garantit également l'impunité aux personnes ayant participé aux crimes pendant la guerre civile et durant le régime franquiste. Le silence s'impose à nouveau.
Mais le début des années 2000 marque un tournant dans l'Histoire de Guernica. En 1997, le président allemand Roman Herzog reconnaît officiellement l'implication de l'Allemagne dans le bombardement et demande pardon au peuple basque ; la même année, une fresque en faïence représentant le tableau de Picasso « Guernica » est placée dans la rue Allendesalazara, à l'occasion du 60e anniversaire du bombardement. Le musée de la Paix de Guernica est inauguré en janvier 2003 et en 2006, les petits-enfants des survivants du bombardement se réapproprient l'usine d'armes Astra.
Sur un mur, près d’un ancien abri anti-aérien du quartier manufacturier, une phrase interpelle : « Nous sommes les petits-enfants de ceux qui ont vu la Légion Condor. » Cette inscription est le point de départ de mon travail.
Mon travail vise à documenter cette renaissance mémorielle qui traverse Guernica depuis les années 2000. Là où l'histoire officielle avait imposé un double silence - franquiste puis légal, une nouvelle génération d'acteurs civils s’empare de son passé et réinvente aujourd'hui les modalités de transmission de cette mémoire collective.
Projet en cours.